Bonjour Olivier, vous êtes le fondateur d’EAU-LINK et travaillez depuis plusieurs années sur les compteurs d’eau intelligents : pouvez-vous nous raconter comment est née l’idée de connecter les compteurs existants et en quoi votre approche se distingue des solutions de smart metering classiques ?
Ayant évolué plus de 25 ans dans le domaine du traitement d'eau dédié aux entreprises je faisais toujours les mêmes constats : manque de connaissance des installations, manque de maitrise dans le suivi, manque de données pour piloter et diagnostiquer efficacement, manque de temps et de moyens humains des exploitants et pression réglementaire croissante. Alors que bien souvent il suffisait d'utiliser de manière pertinente des équipements existants pour en extraire des informations précieuses. C'est ce que font extrêmement simplement nos boitiers connectés en établissant une liaison directe entre un compteur ou un débitmètre et une plateforme de supervision. Contrairement à la radiorelève ou la télérelève opérée par une compagnie des eaux par exemple, nous traitons la donnée en temps réel ce qui permet de générer des alertes et de gagner en réactivité là où bien souvent des dérives ont déjà impactées la facture ou générées de dégâts.
Si vous deviez expliquer très concrètement à un élu local ou à un exploitant agricole ce que change un compteur d’eau « rendu intelligent » par un DataLogger LTE-M/NB-IoT EAU-LINK, quels bénéfices immédiats et mesurables mettriez-vous en avant (techniques, économiques, environnementaux) ?
Comme je le dit toujours : on ne maitrise que ce que l'on mesure. Sans relevés réguliers, impossible de mesurer sa consommation, de comparer, de détecter une fuite, un robinet laissé ouvert, une chasse d'eau bloquée ou un vol d'eau. Non seulement nous automatisons ces relevés fastidieux pour ne plus voir à se déplacer, mais en plus nous produisons une donnée plus précise, fiable, exploitable et analysable en temps réel. Dès lors intervient un deuxième aspect, mais pas des moindres : la génération d'alertes de surconsommation ou de fuite mettant en œuvre des algorithmes, voire un traitement par IA. Les bénéfices qui découlent de l'utilisation de nos produits sont multiples : économies d'eau grâce à une meilleure connaissance des ses usages et une réactivité accrue face aux dérives, gain de temps et d'efficacité dans la collecte des données permettant de disposer d'un outils d'aide à la décision pour des projets d'optimisation.
En vous appuyant sur les retours de vos clients (collectivités, industriels, agriculteurs), quels sont les principaux problèmes que vous avez résolu grâce à la télérelève et à vos tableaux de bord SaaS : détection de fuites, optimisation des consommations, pilotage de la ressource… pouvez-vous partager un ou deux cas d’usage très concrets avec chiffres à l’appui ?
Il est très courant que quelques heures après la mise en place de nos dispositifs sur un compteur, nous puissions visualiser qu'il y a une fuite d'eau quelque part. Nous pouvons même l'évaluer en terme de débit horaire. En commençant cette activité, je n'imaginais pas à quel point cela était courant. Il est connu que le rendement du réseau de distribution d'eau en France métropolitaine est d'environ 80%, soit une perte de 20% avant compteur. Chez EAU-LINK, comme chez d'autres acteurs, nous savons que cette valeur est du même ordre après compteur. La fuite la plus flagrante que nous ayons détectée était de 3 m3/h sur le compteur d'eau potable alimentant le bâtiment administratif d'une cimenterie. Ce qui représentait plus de 95% de fuite. Le client a mis plus de 6 mois a localiser et remplacer la canalisation. Dans un abattoir, l'observation des consommations d'eau de nuit et de Week-End alors que l'établissement était fermé, ne redescendait jamais sous le seuil des 1 m3/h. Les camping sont également régulièrement victimes de pertes d'eau soit au niveau des conduites enterrées, soit aux points d'usages. Ainsi le premier camping que nous avons équipé présentait un talon de consommation de 250 l/h. Là encore, en moins de 24h, le constat était très clair. Ce que nous avons appris a posteriori, c'est que cette valeur représentait un cumul de plusieurs fuites. Car le défi pour nos clients est de localiser les fuites et les réparer de manière pérenne.
Vous revendiquez le fait de vous connecter aux parcs de compteurs existants plutôt que d’imposer un renouvellement massif : quels défis techniques cela pose-t-il (interopérabilité, qualité du signal, autonomie énergétique, maintenance) et comment les innovations de votre nouveau DataLogger 4 entrées permettent-elles de les surmonter tout en réduisant les coûts de télérelève ?
Avant toute chose, nous procédons en effet à l'inventaire du parc compteur existant. 3 cas de figure. Premier cas de figure, le client ne dispose que d'un seul compteur et c'est celui de la régie des eaux dont il n'est pas propriétaire. Nous pouvons l'équiper au cas par cas avec l'aval du service des eaux. Deuxième cas de figure : les compteurs existants sont compatibles, bien positionnés sur le réseau et de bonne qualité métrologique. Aucune difficulté pour les équiper avec nos dataloggers si ce n'est de s'assurer d'une bonne qualité de signal nécessitant ou non l'usage d'une antenne externe. Troisième cas de figure, les compteurs sont défectueux, vétustes, ou installés sans respecter les règles de l'art. Dans ce cas, nous proposons leur remplacement. Nos appareils sont autonomes, communiquent de manière sécurisée à l'aide du réseau de télécommunication terrestre, et peuvent rendre communicant et intelligent aussi bien un compteur d'eau, de gaz ou d'électricité. Ils peuvent être livrés prêt à l'emploi (plug &play). Les données peuvent être envoyées sur notre plateforme web ou sur l'outils de centralisation de données du client suivant différents protocoles. La seule maintenance réside dans le remplacement de la pile dont l'autonomie peut aller dans certains cas jusqu'à 10 ans. Nous disposons effectivement maintenant d'un datalogger 4 entrées qui permet, quand 4 compteurs sont regroupés dans un même local ou une même fosse, de mutualiser les coûts.
EAU-LINK s’inscrit dans une démarche de fabrication majoritairement française et de réduction de l’empreinte carbone : en quoi ce choix influence-t-il vos décisions technologiques (cellulaire vs autres réseaux IoT, conception hardware, durabilité) et la manière dont vous accompagnez les territoires dans leurs stratégies de sobriété et de résilience de la ressource en eau ?
La mission d'EAU-LINK est d'œuvrer à la sobriété hydrique. Il était important d'être nous-mêmes exemplaires dans nos choix technologiques. Utiliser pour nos produits IOT la téléphonie terrestre plutôt que les réseaux privés nous a paru évident pour plusieurs raisons : quantités de données transmises supérieures, possibilité de commande à distance pour le pilotage de vannes ou de contacts secs, possibilité de mise à jour de nos produits par OTA pour lutter contre l'obsolescence, absence d'équipements intermédiaires type passerelle, simplicité d'installation, coût d'installation et de fonctionnement inférieur.
Quand vous regardez à 5–10 ans, comment imaginez-vous l’évolution des compteurs d’eau intelligents : généralisation du temps quasi réel, intégration à des jumeaux numériques de réseaux, croisement avec des données météo ou de qualité d’eau… et quelle place EAU-LINK souhaite-t-elle occuper dans cet écosystème futur ?
Le plan eau de 2023 a été un déclencheur. Le déploiement de la télérelève en lieu et place de la radiorelève est en cours auprès de certaines collectivités. L'idée pour elles est de disposer de données plus exploitables et d'une meilleure réactivité. Mais comme on l'a vu, il ne suffit pas de signaler une anomalie, l'usager doit ensuite investiguer. EAU-LINK propose d'aller plus loin en cartographiant les réseaux, en positionnant des sous-compteurs et de sécuriser les réseaux à l'aide de vannes connectées couplées aux compteurs qui agiront tel des disjoncteurs.
Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous adresser aux décideurs publics, exploitants et industriels qui hésitent encore à franchir le pas des compteurs d’eau connectés : par quoi leur conseillez-vous de commencer, et quelle erreur leur recommanderiez-vous absolument d’éviter ?
Dans la méthode des 3 R (réduire, réutiliser, recycler), l'action qui nécessite le moins d'investissement et apporte le plus grand gain est la première : réduire. La technologie est mature. Ce qui était difficilement abordable et complexe il y a 10 ans et réservé aux professionnels de l'eau est maintenant à la portée de n'importe quel usager. L'erreur que tout le monde fait est de sous-estimer le coût de l'eau et de le confondre avec le prix de l'eau. Le coût de nos produits et services est souvent sans commune mesure avec les économies réalisées. Bien souvent les compteurs sont déjà installés et ils ont plein de choses à raconter !
Pour en savoir plus : https://www.eau-link.fr/