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Interview de Fabien Brun de Wind To Watt : Wind To Watt : une éolienne modulaire pour une énergie renouvelable déployable partout

Fabien, pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment est née l’idée de Wind To Watt et de cette éolienne modulaire de 1 kW, sans génie civil, faite de tubes aluminium et de bâches plastiques ?

Je suis un ancien tireur d’élite de l’armée française. Le vent, je ne le vois pas, je le lis. Cette énergie naturelle est présente partout autour de nous.
Un jour, à Nice, sur la Promenade des Anglais, il y avait tellement de vent que des branches de palmiers tombaient sur la route. C’est à ce moment-là que j’ai eu un déclic : pourquoi n’utilisons-nous pas davantage cette énergie naturelle ?
L’homme exploite le vent depuis le VIe siècle avec les moulins à vent. Je me suis donc lancé dans l’exploration d’une nouvelle manière de transformer cette énergie en électricité, avec ma propre vision, inspirée de mon expérience de terrain et de mes connaissances scientifiques.
J’ai pris une feuille blanche et j’ai écrit une équation composée des caractéristiques que devait avoir ma future solution : simplicité, facilité de transport, montage accessible à tous comme un jeu de Lego, absence de travaux lourds, matériaux recyclables, faible coût, modularité, efficacité énergétique, résistance aux tempêtes, faible maintenance, approche low-tech avec très peu d’électronique, facilité de réparation et capacité à être installée aussi bien sur terre qu’en mer.
Mais surtout, je voulais une solution facile à fabriquer à très grande échelle afin d’accélérer significativement la transition énergétique mondiale.
Après avoir défini cette vision, j’ai passé deux années à faire de la recherche, des prototypes, des simulations et des tests : impression 3D, maquettes en bois, plastique ou papier, modélisation 3D et réalité augmentée.
L’éolienne modulaire Wind To Watt est le résultat de ces deux années de travail.

Concrètement, si vous deviez expliquer votre éolienne Wind To Watt à quelqu’un qui ne connaît rien à l’éolien, comment fonctionne-t-elle, qu’est‑ce qui la rend modulaire et en quoi son installation “sans travaux” change la donne sur le terrain ?

L’éolienne Wind To Watt fonctionne un peu comme un moulin à vent moderne capable de s’orienter automatiquement face au vent.
De grandes pales entraînent un axe de rotation relié à des générateurs électriques qui produisent de l’électricité.
La structure est composée de tubes en aluminium et de bâches techniques en plastique. Les éléments s’assemblent par emboîtement, comme un jeu de Lego, ce qui permet un montage rapide et simple.
L’installation ne nécessite pas de fondations lourdes ni de génie civil. L’éolienne repose sur le sol tout en étant solidement ancrée.
L’objectif est qu’une personne sans expertise technique puisse l’installer elle-même rapidement.

Vous revendiquez un coefficient de puissance de 0,32, validé par simulation CFD sous OpenFOAM, pour une machine silencieuse et à faible impact visuel : qu’est‑ce que cela signifie techniquement, et quels ont été les principaux défis d’ingénierie pour atteindre ces performances avec une structure aussi légère ?

Je me suis formé au logiciel de simulation de dynamique des fluides OpenFOAM afin d’analyser scientifiquement le comportement du vent autour de l’éolienne.
Ces simulations m’ont permis d’étudier précisément les flux d’air, les forces exercées sur les pales ainsi que l’impact de la paroi déviatrice située à l’avant de la structure.
Les résultats montrent que l’éolienne exploite efficacement l’effet de portance pour capter l’énergie du vent avec un coefficient de puissance de 0,32, supérieur à celui des éoliennes Savonius traditionnelles qui se situent généralement autour de 0,25.
La paroi déviatrice protège également les pales qui remontent face au vent, ce qui améliore les performances globales.
Concernant la robustesse, la structure repose sur des tubes en aluminium assemblés sous forme de cubes renforcés par des croisillons de type croix de Saint-André, ce qui lui confère une grande résistance malgré sa légèreté.

Votre promesse est une solution déployable partout, sur tout type de terrain, y compris en contexte maritime, avec un montage possible sans expertise technique : pouvez-vous nous décrire un cas d’usage très concret – par exemple en Afrique, au Moyen-Orient ou en zone isolée – où Wind To Watt fait vraiment la différence par rapport au solaire ou aux petites éoliennes classiques ?

Wind To Watt est une solution totalement scalable : nous pouvons fabriquer des éoliennes de différentes tailles selon les besoins.
Contrairement aux petites éoliennes classiques, l’installation peut se faire rapidement, sans travaux lourds et pratiquement partout.
Dans des zones isolées en Afrique, au Moyen-Orient ou dans des environnements difficiles d’accès, les équipements peuvent être transportés facilement par camion, sans précautions particulières, car les matériaux sont robustes et peu fragiles.
Avec une petite équipe, plusieurs éoliennes peuvent être installées en seulement quelques heures.
Un cas concret serait l’alimentation électrique d’un village isolé en Afrique pour faire fonctionner des pompes à eau, recharger des téléphones ou fournir de l’éclairage.
Nous pouvons également imaginer des parcs éoliens temporaires à proximité de chantiers énergivores ou de data centers installés dans des zones désertiques.
En mer aussi, le potentiel est immense, car les vents y sont particulièrement puissants et réguliers.

Wind To Watt entre en phase d’industrialisation avec un partenariat fort avec Matériel Santé Environnement (MSE) et un pipeline de plus de 90 contacts internationaux : quels sont aujourd’hui, très franchement, les plus gros freins que vous rencontrez (réglementaires, industriels, culturels) et comment vous les adressez ?

Aujourd’hui, notre principal frein reste le financement.

Je développe ce projet seul, sans soutien financier public ni fonds propres. Malgré plusieurs démarches auprès de structures comme Bpifrance ou certains accélérateurs de startups comme RISINGSUD, il m’a souvent été répondu qu’il fallait déjà disposer de bureaux, d’employés, de chiffre d’affaires ou d’investisseurs avant d’être accompagné.

J’ai également envoyé un dossier complet au ministère de l’Environnement afin de présenter le projet, mais je n’ai pas obtenu de retour.

Je travaille actuellement comme chauffeur Uber à Nice afin de subvenir aux besoins de ma famille tout en finançant le développement de Wind To Watt. Depuis plus de deux ans, je travaille sept jours sur sept sur ce projet.

Malgré les difficultés, je reste déterminé, car je suis convaincu que mon invention breveté peut contribuer concrètement à la décarbonation et à l’accès à l’énergie dans le monde. Je refuse de rester un consommateur spéctateur, je veux être un acteur de la transition énergétique.

J’ai récemment lancé une campagne de financement participatif sur Ulule, qui se termine fin juin. J’ai besoin de soutien pour poursuivre la recherche et accélérer le développement du projet.

Grâce à l'aide d’une agricultrice à Tarascon, qui me prête gracieusement un terrain, j’ai pu créer un véritable laboratoire éolien à ciel ouvert afin de tester et améliorer la technologie Wind To Watt dans des conditions réelles.

Chaque contribution, chaque partage et chaque soutien peuvent réellement faire avancer cette aventure humaine, technologique et environnementale. https://fr.ulule.com/eolienne-modulaire/

À horizon 5 à 10 ans, comment imaginez-vous l’évolution de votre technologie : montée en puissance, nouvelles configurations modulaires, hybridation avec le solaire ou le stockage… et, plus largement, quelle place voyez-vous pour des micro-éoliennes modulaires comme Wind To Watt dans le mix énergétique mondial ?

La technologie Wind To Watt a été pensée pour pouvoir évoluer rapidement à l’échelle mondiale.
Sa fabrication repose sur des composants simples et disponibles partout : tubes en aluminium, bâches techniques et connecteurs standards. Cette approche permet d’envisager une production décentralisée dans de nombreux pays.
À terme, seuls les générateurs à aimants permanents nécessiteraient une production plus spécialisée.
Nous souhaitons développer plusieurs marchés simultanément :
en France, avec des projets pilotes chez des agriculteurs ;
en Afrique, pour alimenter des villages isolés ;
en Inde et au Moyen-Orient, avec des versions compactes installées sur les toits en complément des panneaux solaires.
L’objectif n’est pas de remplacer les autres énergies renouvelables, mais de les compléter intelligemment.
Lorsque le soleil est absent, le vent peut prendre le relais. Et lorsque les deux sont présents, leurs productions s’additionnent.
Wind To Watt veut apporter une réponse complémentaire, flexible et accessible, notamment pour les zones off-grid et les régions où l’accès à l’énergie reste difficile.

Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser à nos lecteurs – qu’ils soient décideurs, collectivités ou simples citoyens – qui hésitent encore à parier sur des solutions d’énergie renouvelable décentralisée comme la vôtre ?

Nous devons continuer à explorer de nouvelles façons de produire une énergie plus propre, plus intelligente et plus respectueuse de notre planète. Les défis énergétiques d’aujourd’hui sont aussi une formidable opportunité d’innover, de créer et de construire un avenir plus durable pour tous.

Respecter la nature, c’est aussi penser aux générations futures et leur transmettre une planète préservée. Notre manière de produire et de consommer l’énergie évolue déjà, et chacun peut contribuer à cette transition positive.

Au fil de mon parcours, j’ai compris à quel point l’énergie peut être un enjeu majeur pour les peuples et les nations. C’est pourquoi je crois profondément que les énergies renouvelables peuvent devenir un véritable facteur de paix, d’autonomie et de coopération dans le monde.

Mon rêve est simple : utiliser ce cadeau extraordinaire que nous offre la nature — le vent — pour créer une énergie accessible, durable et porteuse d’espoir pour les générations à venir.

Pour en savoir plus : https://windtowatt.com

Publié le